vendredi, 17 juin 2005

DECOUVERTE : Arles, vestiges d'une basilique paléochrétienne

Des découvertes majeures sont intervenues plus ou moins récemment, découvertes qui ont permis de mettre en lumière des sites comme Roanne, Rézé (Loire Atlantique) ou le site Alban à Ajaccio (Corse-du-Sud) que nous avons déjà évoqué ici.
Aujourd'hui, nous partons pour Arles...


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Arles


Les fouilles du Couvent St-Césaire


Source : CNRS, Sciences de l'Homme et de la Société,
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Publié le 12/12/2003

Auteur des recherches : Marc Heijmans

Laboratoire : CNRS Centre Lenain de Tillemont Bibliothèque d'Histoire des Religions


1) Contexte historique

A Arles (B.-du-Rh.), une campagne de sondages archéologiques a mis au jour une très grande abside appartenant sans aucun doute à une église paléochrétienne, dont on soupçonnait déjà l’existence à cet endroit, à la lecture des textes antiques.
En effet, des textes du VIe siècle de notre ère, notamment la vita (bibliographie) de l’évêque Césaire (502-542) et la Règle monastique que ce dernier avait rédigée pour les moniales de son couvent, laissaient penser qu’à cet emplacement, dans l’angle sud-est de la ville, se trouvait la cathédrale primitive de l’Église d’Arles, dont le premier évêque est attesté dès 254. La date de cette cathédrale n’est pas encore connue, mais selon toute probabilité, elle a dû intervenir peu de temps après que le Christianisme a été accepté comme religion, sous l’empereur Constantin (“édit de Milan”, en 313). La ville d’Arles, et donc son Église, étant l’une des plus importantes des Gaules durant l’Antiquité tardive, l’évêque arlésien n’a sans doute pas attendu longtemps pour construire sa cathédrale, que l’on peut donc supposer dans le courant du IVe siècle
Après le transfert de cette première cathédrale vers le centre-ville (première moitié du Ve siècle ?), à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Trophime, l’église abandonné est certainement resté en usage pour le culte, jusqu’au début du VIe siècle, quand l’évêque Césaire l’adapte pour construire à ses côtés un monastère de femmes, dédié à saint Jean et placé sous l’autorité de sa soeur, Césarie. Pour ce monastère, Césaire, qui avait reçu de l’évêque de Rome le pallium et le titre de “primat des Gaules”, avait écrit une Règle de vie monastique assez détaillée (la première de ce genre destinée spécifiquement à une communauté féminine), qui nous donnent plusieurs indications sur la topographie de son monastère. A sa mort, le couvent comptait plus de 200 moniales.

2) Nature des vestiges

La découverte a eu lieu lors d'une opération de diagnostic archéologique réalisée par F Reynaud de l'INRAP (*), assisté par M. Heijmans, CNRS, préalablement à la construction d'un immeuble destiné à accueillir le Médiapôle d'Arles dédié aux nouvelles technologies.
Les vestiges partiellement mis au jour dans un espace de 300 m2 environ consistent en une vaste abside à pans coupés à l'extérieur et de plan semi-circulaire à l'intérieur. Cette construction en moellons d'un diamètre de 19.60 m dans l'œuvre délimite un couloir circulaire pavé d'une mosaïque polychrome qui enserre une seconde abside de 9.50 m de diamètre dans l'œuvre. Cette dernière présente un sol revêtu de marbre surélevé de 0.40 m par rapport à un dallage de marbre, qui règne au même niveau que la mosaïque du couloir. Cet ensemble devait ouvrir à l'ouest sur la nef, dont le plan n'est pas encore connu. Les dimensions de l’abside laisse cependant envisager une emprise considérable pour cette église, qui est certainement l’une des plus grandes connues de la Gaule antique.
Des bâtiments connexes, dont l'extension et la nature ne peuvent être précisés à ce stade de l'étude, communiquaient pour certains avec le chevet. Les niveaux d'abandon et de spoliation d'une pièce adossée au nord de l'abside sont datés, d'après le matériel céramique, de la fin du VIe siècle ou du début du VIIe siècle ap. J-C. Des reprises de maçonnerie en moyen appareil laissent supposer que l'église a connu des transformations ultérieures, dont les chronologies doivent être précisés par des fouilles futures.
L'implantation de ce monument, sa taille et la richesse de son ornementation laissent supposer avec assez peu d'incertitude qu'il s'agit de la première cathédrale de la cité d'Arles qui remonterait au IVe siècle ap. J-C. L'abside à pans coupés d'une église découverte un peu plus au sud par F. Benoit en 1947 n'est pas sans rappeler le plan du chevet qui vient d'être mis au jour. Ces deux découvertes permettent de porter l'emprise du monastère St-Jean, et peut-être aussi du groupe cathédral qui l'a précédé, jusqu'au rempart antique au sud.
Des négociations sont en cours pour rendre compatible la construction de la Médiapôle avec la préservation les vestiges pour une étude plus complète et leur mise en valeur dans l’avenir.

(*) INRAP clic


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Voir aussi :

Arles


Une basilique du IVe siècle sous le chantier du médiapôle


Source : Site officiel de la ville d'Arles clic
Article créé le 19/11/2003

Dans l’histoire millénaire d’Arles – la ville aura 2050 ans en 2004 –, une période restait dans l’ombre, celle des premiers chrétiens qui y vivaient aux IIIe et IVe siècles. Outre les documents d’archives et les reliques, comme vestiges monumentaux, nous n’avions que la nécropole des Alyscamps. La découverte en octobre des fondations d’une cathédrale sur le chantier du futur médiapôle est d’une importance considérable. Elle va permettre aux historiens et archéologues d’enrichir leurs connaissances et la nôtre.

C’est naturellement un trésor patrimonial supplémentaire qui va conforter la notoriété d’Arles. Une fois les fouilles archéologiques menées à leur terme, les élus souhaitent que la population puisse visiter le site.

Des fouilles archéologiques préalables

« Lorsque fin octobre les archéologues ont dégagé les premiers pans de murs, on a eu l’intuition qu’ils allaient faire d’autres découvertes. C’est extrêmement émouvant de se trouver aujourd’hui devant ces fondations, ces pavements et mosaïques », raconte Jules Nyssen, conseiller municipal adjoint au Patrimoine.
Les archéologues effectuaient une mission préalable d’inspection du site avant le démarrage du chantier de construction du médiapôle, explique Bouzid Sabeg, directeur du Patrimoine à la Ville. « Quand une zone a un potentiel archéologique connu, les permis de construire sont envoyés à la Drac (direction régionale de l’action culturelle) au service régional d’archéologique. Il prend un arrêté de prescription de diagnostic archéologique ». Tout le haut de la ville est dans ce cas.
« Les investigations étaient de deux natures : sur le sous-sol pour vérifier ce qu’il y avait dessous ; sur les élévations pour repérer les restes de la période médiévale » détaille Bouzid Sabeg. La découverte a eu lieu au moment où l’on a commencé à « décaisser le sol » pour dégager l’emplacement qui devrait supporter un des bâtiments à construire.
« Nous avons un patrimoine antique extrêmement important. De même pour les périodes médiévale et la Renaissance mais pas de patrimoine monumental de la période paléochrétienne. Compte tenu de l’importance des premiers chrétiens à Arles, on se doutait qu’un jour on découvrirait quelque chose quelque part. On l’a trouvé ! »

Deux autres sites similaires en Occident

« L’église d’Arles existe depuis le milieu du IIIe siècle », rappelle Jean-Maurice Rouquette, conservateur en chef honoraire des musées d’Arles. « Elle est attestée depuis 254 par une lettre de Saint-Cyprien de Carthage au pape de Rome qui se plaint de l’évêque d’Arles. Mais nous n’avions pas de lueurs de la communauté chrétienne vivante. L’apparition de cette grande basilique datée du IVe siècle (on affinera plus tard) au cœur d’Arles est un événement insigne » ajoute l’historien. « Le 1er août 314 l’empereur Constantin demandait à l’évêque d’Arles de recevoir les évêques d’Occident (Espagne, Angleterre, de Gaule, de Germanie, Italie) pour débattre de l’hérésie Donatiste. 43 évêques sont venus ici. Mais où s’est tenu ce concile on n’en sait rien. Certainement qu’après, l’église d’Arles ayant été sous les feux des projecteurs impériaux, la construction de la basilique a été décidée ».

A ce moment des fouilles, le conservateur précise qu’il faut rester prudent sur l’inventaire de ce que l’on a découvert. « Il y a au moins deux églises, le baptistère, le cloître, la maison de l’évêque, et d’autres bâtiments annexes de la basilique. »
On ne connaît que deux bâtiments paléochrétiens* équivalents, celui de Trèves (Allemagne) et à celui de Genève. Mais d’après Bouzid Sabeg, « à Genève on a une cathédrale reconstituée à partir de trois pierres qui forment un petit pan de mur, grâce au savoir archéologique. Ici on a trouvé une représentation physique exceptionnelle par son étendue, tout le chevet en place jusqu’à 1,2 mètre de haut, le chœur, les pavements de sol, des mosaïques… »

Recouvrir les vestiges ou fouiller plus longtemps

Le premier diagnostic rendu par les archéologues sera vraisemblablement très positif ! « Nous sommes donc sûrs que l’on va vers un arrêté de prescription de fouilles archéologiques » annonce Bouzid Sabeg.

Arles
Détail d’une mosaïque dégagée lors des fouilles


Deux hypothèses se présentent : les archéologues une fois les relevés effectués estiment que pour préserver la valeur scientifique du site il est préférable de tout reboucher d’autant que dès son exposition à l’air libre accélère la dégradation. Dans ce cas, une fois les vestiges enfouis on reprend la construction du Médiapôle, isolé du site par une dalle par exemple.
Mais les responsables du patrimoine comme les élus d’Arles estiment qu’une découverte d’une telle valeur ne doit pas être dissimulée aux Arlésiens comme aux visiteurs friands d’histoire. L’autre hypothèse consisterait alors à adapter la construction du bâtiment en fonction de la situation géographique des fouilles à continuer.
A partir d’un premier relevé, on pourrait insérer des piliers sur lesquels poser le bâtiment. Sitôt cette « couverture » installée sur le site des fouilles, celles-ci seraient de fait « protégées » par le médiapôle. Les scientifiques auraient ainsi tout le temps nécessaire pour achever correctement leur travail.

La modernité valorise le patrimoine

Pour Hervé Schiavetti, le défi à relever est passionnant. « Sur le plan architectural, on peut imaginer un projet encore plus audacieux. Il s’agirait d’intégrer le bâtiment moderne à la mise en valeur d’un site de très grande valeur patrimoniale. Prouver que l’on peut faire les deux », explique le maire. « Comme ce que l’on va réaliser au Théâtre antique, où la scénographie proposée sera aussi une mise en valeur du site antique ».
« Entre le passé et la modernité, à Arles il n’y a pas d’opposition ou d’antinomie. Il faut trouver la convergence entre les propositions de développement économique et la conservation et la restauration du patrimoine ».
« Certaines villes se cherchent une image à travers leur patrimoine, leur passé. Arles n’a pas besoin de se construire une image, elle l’a déjà. Dans le monde entier, elle est connue pour ses monuments romains, médiévaux ou de la Renaissance. Cette notoriété là, c’est sa modernité. C’est aussi ainsi que les Arlésiens la perçoivent, une ville avec un patrimoine exceptionnel.
Dans notre culture, c’est aussi important que l’Arlésienne, la Camargue et ses chevaux, la tauromachie et les ferias. Quand cette découverte a été annoncée, les gens m’ont interpellé dans la rue “Vous n’allez pas la recouvrir, on va pouvoir la voir ?”. Il n’est donc pas question devant une découverte de cette importance de faire comme si de rien n’était.
Il n’y a pas d’un côté le passé et le patrimoine, de l’autre l’avenir et les technologies de l’information. Regardez le Lerm et Art graphique et patrimoine, deux entreprises au cœur de technologies récentes. L’une analyse les matériaux et les bétons d’aujourd’hui. Elle s’est installée à Arles, intéressée par les chantiers du Plan patrimoine antique. L’autre, spécialisée dans la modélisation des bâtiments patrimoniaux, a montré comment ses techniques pouvaient servir à la restauration et à la mise en valeur du patrimoine arlésien, elle est installée à la commanderie Sainte-Luce
».

Hervé Schiavetti vous invite à une conférence sur cette découverte le 2 décembre à 14 heures au théâtre d’Arles. Elle sera suivie d’une visite sur le site du chantier.

* Epoque paléochrétienne : du grec palaios, ancien.
Défini par son style et son iconographie, l’art des premiers chrétiens, dit paléochrétien, est l’expression de la foi tout juste révélée et de la ferveur religieuse d’une société s’affirmant au sein de l’Empire romain en crise. Les vestiges connus remontent au milieu du IIIe siècle et se développent jusqu’au 5e siècle.
(source www.arles-antique.org)

D'autres photos visibles sur le site.

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