mercredi, 15 juin 2005

EXPOSITION : Saint-Pierre et le Vatican (Montréal)

Source : cyberpresse.ca

EXPOSITION SAINT-PIERRE ET LE VATICAN

Les papes débarquent à Montréal

Mathieu Perreault

La Presse

Saint-Pierre et le Vatican ne pouvait mieux tomber. À peine un mois après l'élection du pape Benoît XVI, qui a attiré l'attention sur les traditions et l'histoire de l'Église catholique, s'ouvre cette exposition voulue par Jean-Paul II, qui retrace 2000 ans d'histoire et explique la liturgie catholique.

Le Musée du Vatican s'est associé à un groupe privé américain, Clear Channel, pour monter cette exposition, qui a visité quatre villes américaines depuis 2003. L'accent est mis sur la succession des papes, et surtout, sur l'homme derrière le souverain pontife. Vu les récents événements, on a inclus l'urne qui a servi au dernier conclave, et la soutane qu'a portée Benoît XVI à sa messe d'inauguration, le 25 avril.

« Nous voulions aller au-delà de l'esthétique des oeuvres d'art, pour nous attarder sur leur signification spirituelle, explique Roberto Zagnoli, le conservateur du Vatican qui a mis sur pied l'exposition. Plus de 80 % de tout l'art du monde est religieux. Ce qui est représenté, dans les oeuvres que nous avons, c'est Dieu. »

Mgr Zagnoli a fait une concession majeure aux intérêts du public: il a organisé l'exposition selon un itinéraire historique, des débuts de la chrétienté jusqu'à aujourd'hui, et autour des aléas historiques qui ont sculpté les pontificats. Cela permet de traiter en profondeur des sujets familiers pour quiconque a déjà visité Rome.

Par exemple, la démolition de la basilique de Constantin, et l'érection de la nouvelle basilique Saint-Pierre, au XVIe siècle, sont décrites en long et en large. On trouve même une chronologie de l'ancienne basilique Saint-Pierre. À noter, les ruines de la basilique « de Constantin » qui se trouvent dans le Forum romain sont en fait celles de la basilique de Maxence, le prédécesseur de Constantin. Michel-Ange s'est inspiré des arches de la basilique de Maxence pour créer certaines des arches de la basilique Saint-Pierre actuelle. Des dessins de l'ancienne basilique Saint-Pierre, devant laquelle se trouvait une cour intérieure rappelant les péristyles romains, sont très intéressants.

Cimetière et basilique

L'autre grande question historique abordée est la controverse sur le tombeau de Saint-Pierre, découvert dans les années 40 sous le tombeau cérémonial érigé durant la Renaissance. « Il y a eu une certaine incertitude, notamment parce qu'une archéologue un peu trop enthousiaste a été chargée du dossier durant les années 50, dit Mgr Zagnoli. Elle avait trouvé une inscription en grec se lisant » Ici est Pierre «, et considérait que c'était une preuve solide, même si certains éléments de l'inscription étaient douteux. Mais récemment, nous avons fait des analyses des ossements, et ils sont ceux d'un homme d'âge moyen, 50 ou 60 ans, qui n'est pas romain. De plus, nous avons trouvé plusieurs monnaies, certaines datant d'avant Constantin, ce qui indiquerait une activité dévotionnelle. Et surtout, il y avait un monument autour de ce tombeau, alors qu'il se trouvait dans la partie pauvre du cimetière, qui existait avant la construction de la basilique de Constantin. Certains peuvent encore avoir des doutes, mais je trouve qu'il y a beaucoup de preuves circonstantielles. »

Les objets de la vie des premiers chrétiens- un sarcophage d'enfant orné des figures mal tracées des apôtres, un pendentif un peu tordu avec les initiales du Christ- sont assez émouvants: leurs défauts donnent l'impression qu'il s'agissait de croyants sincères, qui ne se préoccupaient pas de faste ou de postérité. Fait amusant, Mgr Zagnoli a inclus un bas-relief d'une femme ayant à la main une Bible, un objet qui peut facilement être interprété comme une prise de position dans le débat actuel sur l'ordination des femmes. « Je ne crois pas qu'il faut voir cet objet dans une perspective moderne, dit Mgr Zagnoli. Il faut davantage le rapprocher des diaconesses, qui dans les premiers temps du christianisme se chargeaient de certaines tâches, comme les baptêmes. Ce bas-relief nous indique que les femmes pouvaient participer à l'exégèse. »

Plus loin dans l'exposition, on voit des lettres écrites au pape dans toutes les langues: araméen, arabe, coréen, chinois. L'une d'entre elles, une lettre d'un moine grec demande l'aide des armées papales contre les Turcs, au début du XVIIe siècle. On prend la mesure de l'oeuvre missionnaire avec une feuille rassemblant une dizaine d'alphabets, dont se servaient les fonctionnaires du Vatican pour déchiffrer les lettres qu'ils recevaient.

L'exposition commence samedi et durera jusqu'au 18 septembre. La valeur totale des oeuvres exposées, parmi lesquelles on trouve d'inestimables mosaïques, tapisseries et fresques de la deuxième moitié du premier millénaire, frôle 25 millions de dollars américains, selon Mgr Zagnoli.

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